Comment Meetic a vécu le confinement alors que son business model est basé sur la rencontre ?

Héloïse des Monstiers : Notre priorité, avant même que le confinement soit annoncé, a été d’encourager les célibataires à respecter les gestes barrières via une communication envoyée à tous nos membres européens et l’annulation de tous nos événements pour célibataires.

Très naturellement la semaine de l’annonce du gouvernement de fermer les bars et les restaurants, puis l’annonce du confinement a été vécue comme un choc. À ce moment-là, les célibataires, comme chaque Français, devaient penser à s’organiser. Cela s’est tout de suite fait ressentir : – 20% d’inscriptions et – 9% de messages échangés. Une fois cette phase de choc passée, dès le 22 mars l’activité est revenue fortement. À cette date, nous avons frôlé le nombre de messages échangés lors du 1er dimanche de janvier qui est traditionnellement le plus actif de l’année. Ce rythme d’échanges a ensuite été maintenu tout au long du confinement. Le Lundi de Pâques nos inscriptions ont dépassé celles du jour de la St Valentin, date hautement symbolique pour notre activité.

Chaque semaine nous avons observé et écouté les célibataires, comme à notre habitude, afin de cerner les meilleurs moyens de les accompagner. Pour cela, nous avons pu nous appuyer sur nos moyens existants : notre service client (primé meilleur Service Client de l’Année à cinq reprises) et Lara, notre coach virtuelle qui relayaient les recommandations sanitaires tout en répondant aux préoccupations des célibataires.  Nous avons ensuite rapidement lancé notre podcast «Amour et Confinement », des conseils sous forme de pastilles pleines de bonne humeur. Nous avons également tourné à distance des vidéos de coaching avec la love coach Florence Escaravage pour répondre à toutes les questions que se posaient les célibataires pendant le confinement.

Conscients que malgré le déconfinement nous étions toujours face à une situation loin de la normale (distanciation sociale oblige), et que les célibataires avaient toujours besoin d’être accompagnés, nous avons lancé la saison 2 de notre podcast « Amour et Déconfinement », ainsi que de nouvelles vidéos de coaching.

Alors qu’elle était dans nos projets depuis un moment, la fonctionnalité « appel vidéo » a vu le jour le 13 mai. Elle permet aux célibataires de vivre leurs premiers « tête-à-tête ». Une fonctionnalité qui a pris tout son sens avec une distanciation sociale toujours de rigueur. 

Incontestablement cette expérience inédite a été l’occasion pour Meetic de prouver que l’on pouvait continuer notre mission depuis 18 ans : accompagner les célibataires dans leur recherche amoureuse, et cela dans un temps record. Les équipes, toutes mobilisées à distance les unes des autres ont su plus que jamais s’adapter dans leur approche stratégique et opérationnelle.

Avez-vous des chiffres qui démontrent que, malgré la distanciation, votre stratégie a été reçue avec succès ?

H.D.M. : Notre podcast « Amour et Confinement », lancé dans 5 pays européens, a rassemblé à date plus 150 000 écoutes en France en l’espace de quelques semaines. La saison 2 « Amour et Déconfinement » cumule déjà plus de 10 000 écoutes.

Concernant les vidéos coaching, réalisées également dans 5 marchés Européens, elles ont été vues par plus de 450 000 célibataires dont 175 000 en France. Ce sont deux dispositifs complémentaires qui ont su trouver leur audience.  

La fonctionnalité « Appel vidéo » a également séduit les membres. Chez les célibataires Meetic, la durée moyenne des appels est de 37 minutes avec un record à 9h37 ! Les célibataires DisonsDemain (notre service de rencontre pour les célibataires de plus de 50 ans), quant à eux, l’utilisent en moyenne pour une durée de 43 minutes (avec un record de 4h !). Comme il a fallu attendre plus longtemps avant de se rencontrer « en vrai », la crise du Covid-19 a démocratisé l’usage de la vidéo, et même accéléré son adoption chez les célibataires de plus de 50 ans.

Peut-on dire que cette crise a été un accélérateur de votre mutation ?

H.D.M. : Je ne parlerais pas de mutation, dans le sens où nous sommes restés fidèles à nos principes, à notre ADN Meetic. Nous avons conservé notre ligne de conduite qui consiste à accompagner les célibataires dans leur rencontre amoureuse. C’est ce que nous faisons depuis toujours.

Je parlerais davantage d’adaptation et d’accélération. Nous avons dû adapter notre approche à la situation et cela de façon rapide en menant de front les aspects stratégiques et opérationnels de gros projets globaux, en un temps record !  Il est indéniable que la crise sanitaire a eu un effet accélérateur sur notre manière de mener les projets.

Diriez-vous que, paradoxalement, cette situation a permis d’être plus proche de vos utilisatrices et utilisateurs ?

H.D.M. : Nous avons l’habitude d’être proches des célibataires, de les accompagner au quotidien. Mais en effet, le fait de mettre tant de moyens à leur disposition en si peu de temps, accroit la sensation d’engagement.

Pour exemple, notre service client a reçu un plus grand nombre de messages de la part des célibataires. Bien entendu, pour beaucoup il fallait les rassurer et trouver des solutions adaptées à leurs besoins ; mais de nombreux célibataires appelaient (et appellent toujours) pour remercier Meetic, leur rappeler la confiance qu’ils accordent à notre service et témoigner de leurs belles rencontres.

À mon sens, l’intensité émotionnelle est surtout visible dans l’expérience que vivent les célibataires. Notre étude montre que les échanges sont plus longs, plus fréquents, qu’ils prennent davantage le temps de découvrir l’autre. Cette intensité émotionnelle s’est traduite par de belles histoires naissantes et une myriade de témoignages reçus.

Vous dites également que cette période a été propice pour passer d’un Web de zapping à un digital plus profond, dans lequel on creuse les relations, pouvez-vous nous détailler ce constat ?

H.D.M. : La majorité des célibataires européens se disaient épuisés par le dating en ligne (57% d’entre eux), la surconsommation de la rencontre, et le rythme effréné que cela demande (phénomène que nous appelons la « Dating Fatigue », contre lequel nous nous battons depuis deux ans). Avec le confinement, les célibataires ont eu le temps, ont dû prendre le temps. Ils ont donc retravaillé leur profil, renoué avec de longs échanges, ont prêté plus d’attention aux profils qui se présentaient à eux…

Cette situation a permis aux célibataires de réfléchir davantage à leurs attentes dans le cadre d’une relation amoureuse, de revoir leurs priorités. C’est ainsi que 63% affirment désormais rechercher une relation sérieuse et 23% déclarent avoir pris conscience de leur besoin d’engagement pendant la crise sanitaire. 

Quand vient le moment de l’échange, ce besoin de sérieux se confirme : ils abordent leurs projets (seuls ou à deux) et très rapidement évoquent leurs sentiments. L’échange est plus profond et indéniablement authentique. Chez de nombreux célibataires, cette crise se transforme en opportunité, celle de prendre le temps de se découvrir pour mieux aborder la future rencontre.

Qu’est-ce que cela pourrait induire sur le futur de nos relations ?

H. D. M. : Difficile de prédire ce qu’il en sera des rencontres en ligne après la crise. Une chose est sûre c’est que, plus que jamais, les célibataires ont besoin d’authenticité dans les rencontres. 64% des femmes l’affirment suite au confinement, et 55% des célibataires en général.

Pensez-vous qu’il y aura un avant et un après dans les usages digitaux qui se sont intensifiés pendant cette période ?

H. D. M. : Incontestablement. Il y a un avant et un après. Si la rencontre aura toujours lieu physiquement, elle prendra plus de temps avant de se provoquer. Avec la crise sanitaire, la notion de confiance en l’autre prend tout son sens. La confiance se travaille d’abord en ligne, par la nature et l’authenticité des échanges, l’engagement de l’autre à vouloir se dévoiler. Arrive ensuite le moment de l’appel vidéo qui devient une nouvelle étape et un moyen de se dévoiler différemment. Et ensuite, une série de questions :  qu’en est-il des prochaines étapes ? À quel moment est-ce que je lui accorde suffisamment de confiance pour le/la rencontrer ? Où ? Dans quelles conditions ? Dois-je conserver mon masque ? Comment ? Une fois la rencontre physique ayant eu lieu, à quel moment j’estime avoir suffisamment confiance pour l’embrasser ? Pour passer une première nuit ?… Autant de questions qui, pour la plupart, devront trouver leur réponse au sein de l’intimité du couple.

Quant à nos événements pour célibataires, nous travaillons à une solution qui respectera les recommandations sanitaires tout en permettant aux célibataires de se rencontrer et de vivre une vraie expérience. Nous lancerons au mois de juillet des événements réunissant maximum 20 célibataires. Comme à notre habitude, nous nous adapterons mais il est certain qu’ils seront bien différents des événements pré-coronavirus.

Nous savons également que nous entrons dans une transition démographique sans précédent, quelles remontées avez-vous eu des plus de 50 ans face au confinement ?

H.D.M. : Quand nous les interrogeons 79% déclarent avoir vécu le confinement seuls. Pour autant, 75% affirment être dans un état d’esprit positif, ce qui est un pourcentage supérieur aux jeunes célibataires présents sur Meetic.  

Nous découvrons qu’après la phase de choc, ils ont ressenti le besoin de rebondir ! 77% d’entre eux affirment avoir utilisé autant voire plus notre service qu’avant le confinement. Pour certains (38%) cela représentait un bon moyen de continuer à interagir et donc de rompre avec l’isolement. Pour d’autres (34%), ils appréciaient tout simplement de pouvoir se changer les idées !

D’ordinaire si prompts à se rencontrer physiquement, ils se sont adaptés en vivant leurs premiers rendez-vous virtuels (pour 33%), et 31% sont passés à l’appel vidéo. La crise a eu un effet d’accélérateur dans l’adoption des usages sur cette part des célibataires. Ils sont 63% à croire encore au grand amour, et mettent tous les moyens pour y parvenir !

En deux mots, que vous dit cette expérience sur le futur de nos relations ?

H.D.M. : L’amour est essentiel, c’est une valeur refuge. La crise du Covid l’a montré, l’impossibilité de se voir physiquement n’enlève en rien le besoin de s’attacher et de se projeter à deux.

L’authenticité également est plus forte que jamais. Avec cette expérience, les relations devraient être plus engagées que jamais, c’est en tout cas ce qu’affirment 54% des célibataires !