Gary-Bendig

La collectivité : « plateforme » incontournable de la transformation écologique

Avec Veolia

Le terme écologie trouve son origine dans les mots grecs οἶκος ( « maison » ou « habitat » ) et lógos ( « discours » ). Il s’agit ainsi de la science de l’habitat, celle qui étudie les relations et interactions entre les organismes vivants et leur environnement.

La notion de la transformation écologique comporte en elle une partie de cet héritage étymologique, car elle ne peut s’opérer que dans le cadre d’un système plus large, qui transcende les problématiques sectorielles et les filières, qui casse la séparation traditionnelle entre public et privé.

En effet, opérer la transformation écologique signifie pour les acteurs économiques de reconsidérer leur rapport à l’environnement, de redéfinir leur façon de créer de la valeur tout en internalisant les externalités négatives, ces effets néfastes et nuisances procurés à autrui sans contrepartie. Elle consiste en une véritable réorganisation économique vertueuse de notre société qui remplace le modèle linéaire (produire > consommer > jeter) par un modèle circulaire et sobre où la notion du déchet disparaît et où les dimensions de l’abondance sont repensées pour être alignées avec les limites planétaires.

La transformation écologique est ainsi un sujet à la fois économique et politique, dont l’aspect systémique impose une approche collective et souvent ancrée sur un territoire. Ce n’est ainsi pas par hasard que la concertation nationale « Place de l’innovation urbaine » ayant rassemblé 450 acteurs de l’innovation pour la ville durable entre octobre 2020 et janvier 2021 ait positionné la « sobriété » à la première place des enjeux de l’innovation urbaine, et cela même devant l’inclusion sociale et la résilience.

©Diuy Pham

La position « d’ensemblier »  : ressource précieuse pour une interopérabilité indispensable

Pour mener à bien la transformation écologique, il est essentiel pour les acteurs économiques de comprendre le véritable besoin du territoire, de saisir les leviers d’action les plus adéquats. Pour ce faire, une vision d’ensemble des comportements des citoyens / consommateurs / utilisateurs, de leurs interactions entre eux et avec les infrastructures mises à disposition est nécessaire pour réaliser un diagnostic pertinent et pour mettre en place des actions efficaces.

L’interopérabilité entre différents acteurs du territoire et leurs systèmes respectifs est un enjeu clef d’une véritable transformation écologique

Or, un acteur économique seul ne dispose que d’une vision parcellaire de la réalité car elle est par nature limitée à son propre périmètre d’activité (ex. habitat, énergie, mobilité, alimentaire, déchets, biodiversité, …) et à son groupe restreint de parties prenantes. C’est pour cette raison qu’un partage des connaissances entre acteurs économiques est un prérequis nécessaire à l’élaboration de solutions pertinentes, qui ne créent pas d’externalités négatives dans leurs chaînes de valeur ni même en dehors de leur spectre sectoriel.

Au-delà de la réalisation du diagnostic, c’est le partage d’informations liées à l’usage des infrastructures dans le temps qui conditionne leur amélioration continue. Or, cela suppose la mise en place d’interfaces permettant de rendre les données intelligibles pour toutes les parties prenantes. L’interopérabilité entre différents acteurs du territoire et leurs systèmes respectifs est ainsi un enjeu clef d’une véritable transformation écologique.

Grâce à sa connaissance des acteurs présents sur le territoire, sa proximité avec l’ensemble des citoyens et son engagement de poursuite de l’intérêt général, la collectivité est bien positionnée pour devenir l’ensemblier de ces dynamiques individuelles et sectorielles.

©Nancy Bourque

C’est avec cette philosophie que la Métropole Saint-Etienne a mis en place une plateforme digitale au service de l’interopérabilité. Agrégeant les bases de données existantes des partenaires de la ville et collectant des informations sur l’usage en temps réel des infrastructures de mobilité, d’habitat ou de services publics, cet outil génère des tableaux de bord permettant à la Métropole de piloter ses politiques publiques. Il permet également aux acteurs économiques du territoire de mieux adapter leurs services aux enjeux de proximité et de durabilité ou à des développeurs de créer des applications répondant aux enjeux environnementaux et sociaux émergeants.

Ce n’est qu’au niveau du territoire que « les déchets des uns peuvent devenir les ressources des autres » – évitant un transfert logistique coûteux du point de vue économique et environnemental

L’ancrage territorial : terrain idéal pour les modèles économiques visant la dé-carbonation

L’ancrage territorial est par ailleurs l’une des dimensions clefs qui caractérise la performance des modèles économiques ambitionnant l’amélioration d’impact environnemental. Qu’il s’agisse de l’économie circulaire, de l’économie de la fonctionnalité et de la coopération, des circuits courts ou des modèles de réemploi, l’ensemble de ces exemples visent à internaliser les flux de déchets, à promouvoir la collaboration de proximité, à simplifier et raccourcir les chaînes de valeur.

Or, ce n’est qu’au niveau d’un territoire que « les déchets des uns peuvent devenir les ressources des autres » sans entrer dans un transfert logistique coûteux du point de vue à la fois économique et environnemental. Dans cette optique, de nombreux exemples de projets d’écologie industrielle ont pu voir le jour, à l’instar de l’écosystème emblématique construit autour de l’usine d’Interface à Sherpenzeel aux Pays-Bas. Cette usine fonctionne aujourd’hui à 100% à l’énergie renouvelable, majoritairement fabriquée à partir des déchets de poisson à moins de 35 km du site.

©Polina Tankilevitch

L’économie de la fonctionnalité et de la coopération met au cœur l’attention portée aux usages et aux bénéfices réels rendus par l’économie plutôt que les produits et services en tant que tels. À partir des besoins, usages et bénéfices recherchés par les clients et le territoire, il s’agit de coproduire entre usagers et entreprises, dans une approche volontairement désectorisée, la solution la mieux adaptée aux besoins et donc la plus performante.

Cette approche globale, fortement collaborative, est expérimentée dans le cadre du projet Rev3, la Troisième Révolution Industrielle en Hauts-de-France. Cette initiative qui a réuni un collectif de 120 décideurs dans une gouvernance partagée anime une dynamique collective au service de l’innovation durable. Elle s’est traduite par la mise en place de 19 territoires démonstrateurs qui accompagnent aujourd’hui plusieurs centaines de projets d’envergure dans des domaines variés tels que l’énergie, la mobilité, la construction ou l’agroalimentaire.

Représentant un terrain idéal pour mettre en place des modèles économiques vertueux du point de vue environnemental, le rôle de la collectivité peut aller au-delà de celui d’un ensemblier. Elle peut devenir une véritable plateforme de co-design de nouvelles filières et collaborations, en stimulant les échanges formels et informels entre entreprises locales et usagers.

La proximité des citoyens : levier essentiel pour stimuler des comportements vertueux

Finalement, la transformation écologique ne deviendra jamais une réalité sans embrasser pleinement le Facteur Humain. De nombreuses études issues des Sciences Cognitives et du Comportement démontrent que le comportement humain et les habitudes néfastes pour l’environnement qui sont trop enracinées en nous constituent aujourd’hui le facteur limitant principal d’une transition vers un modèle respectueux de l’environnement et de l’Homme.

Et si une collectivité pouvait agir en capitalisant sur sa proximité avec les citoyens conjuguée à sa légitimité démocratique ?

Le Manifeste pour la création d’un Groupe International d’Experts du Comportement s’est fixé justement pour ambition d’insuffler cette pensée dans les organisations. Et si une collectivité disposait d’une capacité d’agir sur ce volet en capitalisant sur sa proximité avec les citoyens conjuguée à sa légitimité démocratique ?

©Omer Rana

C’est l’une des hypothèses prospectives explorées par Ibicity dans son étude portant sur les nouveaux modèles économiques urbains. L’un des trois scenarii étudiés présente le concept d’une « ville effacée »  : une ville qui incite les usagers à réduire leur empreinte carbone, par exemple en valorisant financièrement la non-consommation ou la démobilité.

Même si ce scenario peut sembler utopiste à certains, plusieurs collectivités en Europe ont démontré l’inverse. À titre d’exemple, le concept de « Spits Mijden » (lissage de pic) a été mis en place dans plusieurs régions aux Pays-Bas en collaboration avec Egis. Cette solution récompense les usagers d’une infrastructure pour son « non-usage » . En moyenne, 2,5 euros sont reversés aux automobilistes qui décident de ne pas rouler aux heures de pointe. Cette incitation, subventionnée par l’Europe et portée par les Régions, a permis de désengorger les autoroutes de 8 à 10%, réduisant le besoin de construction d’autoroutes complémentaires.

Les collectivités ont à l’évidence de nombreux leviers permettant de faciliter ou de stimuler la transformation écologique. En tant que plateformes capables d’unir les opérateurs de façon cross-sectorielle autour d’un projet du territoire et dotées d’une légitimité démocratique, elles peuvent devenir ensembliers, initiateurs des démarches collaboratives, voire des incitateurs du changement de comportement. Leur action en ce sens peut permettre aux entreprises d’explorer de nouveaux modèles d’affaires qui promeuvent la collaboration plutôt que la compétition, la contribution plutôt que l’extraction, l’ancrage plutôt que l’externalisation.

À propos :
Chez 28° Design, nous sommes animés par le désir de contribuer à la création de la nouvelle valeur. C’est-à-dire, à la réorganisation économique vertueuse de notre société. A la fois humaine, écologique et économique, elle ne peut advenir qu’à réinventer radicalement le business model de l’entreprise. Au sein de 28° Design, nous aidons les marques dans leur transition vers des modèles économiques construits autour de la résilience et de la durabilité. Grâce au concept de "nouvelle valeur", nous entendons dynamiter les vieux schémas pour faire avancer l'entreprise tout en faisant progresser l'humanité.

L’occasion nous est aujourd’hui donnée de rebattre les cartes. Cette crise est l’opportunité pour les entreprises d’aligner leurs modèles économiques avec les enjeux de demain. C’est pourquoi nous sommes heureux d’explorer avec l'ADN les nouveaux imaginaires qui peuvent naître et inspirer tous ceux qui se questionnent et cherchent à réinventer leur secteur.


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