Cet article est extrait du Livre des Tendances 2021, 22 secteurs clés décryptés (352 pages).


Qu’apprend-on exactement chez NUMA ?

Romain Cochet : NUMA permet d’acquérir des compétences qui sont indémodables et transverses. Elles n’ont pas pour but d’apprendre un métier en particulier, mais elles seront utiles quelle que soit la situation. L’éventail est large : savoir manager dans l’incertitude, canaliser et gérer son énergie, créer une culture inclusive au sein des équipes, comprendre les fondamentaux de l’innovation et du produit…

Toutes ces compétences peuvent être mobilisées quel que soit le contexte professionnel, l’entreprise, la mission, le projet… Selon nous, elles sont le passeport pour une carrière excitante. Pour les acquérir, nous avons défini 50 workshops autour d’autant de thématiques, qui vont du pilotage d’un plan d’action à la gestion des échanges en one to one… C’est pratique, actionnable, immersif.

Dans quelle mesure ces compétences sont-elles adaptées à un monde du travail reprogrammé par le numérique ?

R.C. : Elles sont totalement inspirées par notre précédente expérience d’accélérateurs de startups. Tous les éléments qui composent notre pédagogie viennent directement de l’observation des entrepreneurs. Du coup, nous sommes on ne peut plus au cœur de l’innovation et du digital.

Nous avons ensuite traduit ces éléments pour aider les managers à naviguer dans le changement. Une erreur récurrente consiste à considérer que les compétences digitales sont avant tout techniques. Or, il s’agit également d’une série de changements profonds dans le rapport au travail.

NUMA Paris ©Alikaphoto – Alexandre Coïa

Est-ce lié au fait que le numérique a imposé de nouveaux principes au sein des entreprises ?

R.C. : Tout à fait. Par exemple, les sujets liés à la transparence n’étaient pas importants, il y a quelques années. On observe l’injonction à une plus grande collaboration entre les différentes parties prenantes. Il ne s’agit plus uniquement de manager, mais également d’avoir une compréhension approfondie des enjeux et d’adopter la bonne attitude au bon moment, notamment parce que la communication est devenue instantanée.

Tout cela a favorisé l’émergence de nouvelles façons de concevoir le travail, notamment avec le développement des freelances. C’est un changement de paradigme.

Les gens sont fatigués d’entendre que mille nouveaux métiers vont apparaître dans les prochaines années, et qu’ils ne seront jamais suffisamment formés pour y faire face.

Est-ce que l’inégalité d’accès au numérique, qui pénalise une partie de la population, pourrait créer une éducation à deux vitesses dans les prochaines années ?

Atelier au NUMA Paris©Sylvain Cambron/Cbre ID

R.C. : C’est évident. Et cela va à l’encontre de la promesse initiale du numérique, comme de celle de l’éducation. Les acteurs privés doivent faire en sorte de remédier à ce problème. À NUMA, nous avons lancé Startup pour tous, un programme qui aide les jeunes venant des zones d’éducation prioritaire à comprendre les nouveaux métiers du digital. Nous leur apprenons à « pitcher » et à travailler en groupes à distance. Nous leur montrons qu’eux aussi peuvent réussir, quelles que soient leurs origines ou leur condition sociale. À 13 ou 14 ans, c’est déjà beaucoup…

Mais certains de ces jeunes ont une connexion de très mauvaise qualité qui les empêche de travailler correctement. Et le retard accumulé dans la connaissance du numérique s’accentue généralement avec le temps… Le traitement de cette inégalité devrait être pris à bras-le-corps par les politiques. Un ordinateur pour tous les enfants serait un bon programme pour les prochaines élections.

À quoi pourrait ressembler l’avenir immédiat de la formation ?

R.C. : Les gens sont fatigués d’entendre que mille nouveaux métiers vont apparaître dans les prochaines années, et qu’ils ne seront jamais suffisamment formés pour faire face à cette situation. Aujourd’hui, une ligne éducative qui se concentre sur les compétences indémodables, celles qui serviront tout le temps, est devenue indispensable. Il faut recentrer l’enseignement.

Le contenu reste également très important. Ce n’est pas une commodité. Il faut le traiter très sérieusement et y apporter une réelle valeur ajoutée. Il faut par ailleurs repenser les formats pour les rendre plus flexibles et plus immersifs. À NUMA, c’est ce vers quoi nous nous dirigeons.

Parcours de Romain Cochet :
Après avoir obtenu un master en management à Audiencia Nantes, il a cofondé l’agence Seen, spécialisée en creative content, et la startup UniqueSound, une marketplace numérique dédiée aux créateurs. En 2017, il est devenu Managing Director de NUMA, puis COO l’année suivante, avant d’en prendre la tête au poste de CEO en janvier 2020.