La crise du Covid-19 nous a tous mis face à l’incertitude. Qu’il s’agisse de l’impossibilité de prévoir un voyage, de programmer l’ouverture de son commerce, de planifier l’évolution de son business plan ou de la difficulté à se projeter dans son avenir professionnel, l’apprentissage de la crise est clair : il est indispensable de savoir composer avec l’inconnu et l’imprédictible, de savoir affronter les « cygnes noirs ».

Dans le même temps, il est plus que jamais essentiel d’accélérer les transitions sociétales et environnementales, de bâtir un modèle de société désirable et souhaitable pour tous. Cette crise semble une opportunité pour rebattre les cartes, pour expérimenter de nouveaux modèles, pour se réinventer. C’est donc un moment charnière pour préparer un demain qui corrige les dérives économiques, sociales et environnementales qui se sont révélées néfastes.

©Wang Binghua

Alors, comment aider à se projeter face à l’inconnu de l’avenir ? Comment transmettre les compétences nécessaires quand on est conscients de l’imprédictibilité des métiers de demain ? Comment préparer quand on fait face à l’incertitude ? Telles sont les questions que doivent se poser les acteurs de l’éducation qui équipent les générations d’aujourd’hui pour écrire le récit du monde de demain.

Une acquisition des connaissances réinventée

« Il faut conserver aux savoirs scolaires leur dimension intellectuelle et émancipatrice » affirme Aziz Jellab, sociologue et spécialiste des questions scolaires et éducatives, dans son entretien pour Et Demain Notre ADN. Au-delà de transmettre un savoir, l’école a pour rôle d’éduquer au regard critique, de cultiver l’esprit d’émancipation et d’ouvrir aux nouveaux horizons en forgeant la curiosité. Cette mission est d’autant plus fondamentale que notre attention est souvent confrontée aux fake news, pouvant nous noyer dans l’océan complotiste.

Si elle s’accompagne d’une refonte des parcours d’apprentissage, la transformation numérique offre une opportunité de passer du modèle vertical d’acquisition des connaissances au modèle horizontal permettant de façonner un point de vue critique.

On observe aujourd’hui assez clairement l’émergence de nouvelles manières d’apprendre, nous amenant à penser que l’éducation, tout comme le ferait une entreprise, questionne son modèle et s’empare des outils et des enjeux de l’époque pour se réinventer et ainsi créer des conditions d’apprentissage, plus horizontaux, plus ouverts et diversifiés.

Si elle s’accompagne d’une refonte des parcours d’apprentissage, la transformation numérique offre une opportunité de passer du modèle vertical d’acquisition des connaissances au modèle horizontal permettant de façonner un point de vue critique. Plutôt que de s’appuyer sur un cours magistral d’un professeur, l’apprenant peut désormais accéder via des MOOCs à une multitude de cours pouvant véhiculer des approches différentes.

Par ailleurs, leur visionnage peut se faire de façon asynchrone, permettant de choisir le moment où la concentration est maximale. Équipés par ce bagage théorique, les apprenants eux-mêmes peuvent par la suite être associés par les professeurs à l’organisation de leurs propres formations, s’inspirant des pratiques de la pédagogie inversée.

Ainsi, au-delà de transmettre les connaissances, le rôle de l’enseignant résidera davantage dans sa capacité à les faciliter et révéler. Le rapport « Modèle économique de la transformation numérique des formations dans les établissements d’enseignement supérieur » présente plusieurs exemples d’établissements ayant expérimenté l’hybridation des pratiques numériques et présentielles et démontre également une pertinence économique de ces dispositifs.

©This is engineering

Au-delà de l’acquisition des connaissances scolaires, certains acteurs puisent dans la force du numérique pour rendre visibles les coulisses des métiers et des milieux qui seraient inaccessibles par ailleurs. A titre d’exemple, la plateforme In:Expeditions lancée par l’agence Tomorrow Expeditions ! permet à chacun de découvrir en visio-expédition et en temps réel l’univers d’un acteur de changement. La collaboration de cette agence avec Sciences Po Bordeaux s’est traduite par la mise en place des Rencontres Carrières immersives, permettant aux étudiants de l’école de plonger dans le quotidien professionnel des alumnis.

L’acquisition des compétences et connaissances devient ainsi davantage distribuée, les sources valides d’apprentissage étant multiples et multiformes. Pour permettre la valorisation de leur acquisition, les acteurs de l’enseignement peuvent s’appuyer sur de nouveaux outils tels que les badges numériques. Ces icônes générées par un système numérique sécurisé permettent de certifier l’accomplissement d’une activité apprenante par l’internaute.

Un socle de compétences de demain renouvelé

Mais dans ce monde en constante évolution, où les connaissances et compétences d’hier deviennent rapidement obsolètes, quelles sont les expertises à acquérir ?

Face au futur et à l’imprédictibilité, plutôt que de s’appuyer sur une compétence ou un diplôme acquis à l’instant donné, il sera nécessaire d’apprendre à apprendre pour s’adapter aux nouvelles réalités.

L’inconnu du futur et l’imprédictibilité quant à l’évolution des métiers redéfinissent le socle de compétences de demain – plutôt que de s’appuyer sur une compétence ou un diplôme acquis à l’instant donné, il sera nécessaire d’apprendre à apprendre pour pouvoir se réinventer, désapprendre, s’adapter aux nouvelles réalités.

Pour Gabrielle Halpern et Olivier Fronty de SBT Human(s) Matter, le potentiel d’un individu à mobiliser quatre nouvelles « méta-compétences » comptera davantage que sa performance ou son diplôme. Pour ses auteurs, l’article paru dans Harvard Business Review France, le socle de compétences de demain est composé de la capacité de l’individu à « prendre soin de », « construire des récits », « créer du sens » et « évoluer vers des réseaux collaboratifs ».

Ainsi, l’entraînement cognitif pour renforcer notre capacité à apprendre de nouvelles choses et nous adapter à de nouveaux contextes, cultiver notre empathie et notre capacité à créer des ponts logiques et du sens, à mobiliser la pluridisciplinarité et à stimuler la collaboration, seront des briques fondamentales de l’éducation pour relever les défis de demain.

Une pédagogie au service des enjeux d’aujourd’hui

Pour forger ces méta-compétences, l’apprentissage doit s’appuyer sur la mise en contexte pratique, la confrontation au réel et la complexité des grands enjeux d’aujourd’hui. Dominique Sciamma, président de l’association APCI œuvrant pour la promotion du design industriel, considère même que l’éducation est un levier pour transformer la société. Récemment nommé directeur de l’Ecole de Design de l’Université de Cergy Paris, il défend une pédagogie par le projet qui vise à la conception de solutions en fonction du bien commun.

©Campus de la Transition

La porosité entre « acquisition » et « application » des apprentissages ainsi que l’engagement sont ainsi au cœur de l’éducation de demain. De fait, de nouvelles filières d’éducation apparaissent, telles que le Campus de la Transition, créé en 2018. Il s’agit d’un lieu qui hybride l’enseignement, la recherche et l’expérimentation visant à « promouvoir une transition écologique, économique et humaniste ». Au-delà du partage des savoirs issus du laboratoire académique, l’expérience apprenante se fait également par une véritable immersion dans un éco-lieu en transition, permettant aux apprenants d’expérimenter et de vivre le temps du séjour les prémices d’un nouveau paradigme.

Pour préparer les générations aux enjeux de Demain, à embrasser l’incertitude et l’inconnu, le secteur de l’éducation doit pouvoir activer des leviers d’apprentissages multiples et continus, qui forgent l’esprit critique, confrontent à la pratique, valorisent l’immersion et l’expérimentation. Plutôt que viser l’acquisition de la connaissance, il semble essentiel de nourrir la flexibilité mentale, la curiosité, la créativité et la collaboration pour renforcer la capacité à mobiliser le socle de compétences dans des secteurs et contextes variés et évolutifs.

À propos de 28° Design

Chez 28° Design, nous sommes animés par le désir de contribuer à la création de la nouvelle valeur. C’est-à-dire, à la réorganisation économique vertueuse de notre société. A la fois humaine, écologique et économique, elle ne peut advenir qu’à réinventer radicalement le business model de l’entreprise. Au sein de 28° Design, nous aidons les marques dans leur transition vers des modèles économiques construits autour de la résilience et de la durabilité. Grâce au concept de « nouvelle valeur », nous entendons dynamiter les vieux schémas pour faire avancer l’entreprise tout en faisant progresser l’humanité.

L’occasion nous est aujourd’hui donnée de rebattre les cartes. Cette crise est l’opportunité pour les entreprises d’aligner leurs modèles économiques avec les enjeux de demain. C’est pourquoi nous sommes heureux d’explorer avec l’ADN les nouveaux imaginaires qui peuvent naître et inspirer tous ceux qui se questionnent et cherchent à réinventer leur secteur.


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