En janvier 2019, la youtubeuse Marie Lopez alias EnjoyPhoenix, annonçait à ses 3,4 millions d’abonnés qu’elle ne souhaitait plus recevoir de produits de beauté et de soin de la part des marques. En cause, les phénomènes de surconsommation… et de suremballage. Sensible à la cause écologique, elle regrettait notamment le recours quasi systématique au plastique, en quantité importante, pour envelopper les produits. Il y en avait, constatait-elle, bien plus que nécessaire.

Comme elle, de nombreux clients et clientes souhaitent changer leurs habitudes de consommation pour réduire leur impact sur l’environnement. D’après une étude menée par l’Observatoire des nouvelles consommations Leclerc, 86% des Français se disent prêts à changer profondément leur manière de consommer des produits de beauté et d’hygiène. 93% voudraient aussi réduire leur consommation de produits emballés dans du plastique. Mais comment les marques peuvent-elles s’adapter à ces nouvelles attentes ?

50% de l’impact environnemental d’un produit

L’Oréal fait partie des précurseurs en matière de lutte contre l’emballage inutile. Depuis 2007, le groupe s’est engagé dans une “politique ambitieuse de développement durable”, en l’axant tout particulièrement sur l’usage du plastique.

Cette initiative part d’un constat sans appel : le plastique constituait près de 60% des matériaux utilisés pour produire les emballages du groupe. Au total, rien qu’en 2018, cela représentait 140 000 tonnes. 50% de l’empreinte environnementale d’un produit était liée à l’emballage, selon la firme.

© Mykola Sosiukin

Afin de réduire cet impact, le groupe s’est orienté vers des matériaux plus responsables. Il a d’abord augmenté la quantité de matériaux renouvelables utilisés dans la conception de contenants, comme les plastiques bio-sourcés. Il s’agit de plastiques fabriqués à partir de ressources végétales, plutôt qu’avec du pétrole : du blé, du maïs, de la betterave, de la canne à sucre ou de la pomme de terre.

En 2019, toutes les actions combinées de L’Oréal (qui a aussi mis au point le premier tube à base de carton de l’histoire de la cosmétique) lui ont permis d’éviter la consommation de 13 204 tonnes de matériaux vierges. D’ici 2030, 100% de ses emballages plastiques devraient être d’origine recyclée ou bio-sourcée.

Plusieurs groupes ou marques ont également favorisé l’économie circulaire en utilisant des matériaux qui peuvent être recyclés après leur consommation. Les plastiques biodégradables, qui peuvent être fabriqués avec différentes matières premières, ont la capacité de se dégrader naturellement, grâce à l’action d’organismes vivants comme les bactéries, les champignons ou encore les algues. Réglementés, ils sont formulés de sorte à ce qu’ils ne diffusent pas de substances dangereuses dans l’environnement lors de ce processus. Ils ne contiennent par exemple pas d’encre, de phtalates ou d’antioxydant. La Commission européenne s’est fixé pour objectif de ne produire que des emballages plastiques recyclables d’ici 2030, et certaines marques ont déjà pris de l’avance : L’entreprise familiale Léa Nature s’était fixé l’objectif d’atteindre 95% de plastique végétal d’ici la fin de l’année 2020.

Des flacons à recharger

Des marques ont aussi remplacé les produits en mono-doses par des produits à usage multiple, ou se sont laissées tenter par des emballages réutilisables. Sanoflore et L’Occitane ont ainsi lancé des systèmes d’éco-recharges : elles proposent à leur clientèle de re-remplir leurs flacons à la maison.

Les systèmes de recharges présentent plusieurs avantages. Le premier est évidemment écologique : selon Sanoflore, une recharge de lotion pour le visage nécessite à la production 66% de plastique de moins qu’un flacon de contenance équivalente.

Par ailleurs, les éco-recharges sont généralement moins onéreuses pour le consommateur, qui sera incité à continuer à se fournir chez la marque, et sera de fait fidélisé. Chez L’Occitane en Provence par exemple, l’eau micellaire coûte 22 euros les 300 millilitres sous cette forme, contre 19 euros les 200 millilitres en flacon.

Enfin, ce système permet d’allier luxe et écologie. Ceci est particulièrement le cas dans le domaine du maquillage haut de gamme, où certains proposent des packagings réutilisables élégants en cuir pour les rouges à lèvres (seul le raisin est remplacé), ou pour la parfumerie. Exemplaire en la matière, Thierry Mugler laisse à ses clients et clientes la possibilité de recharger leurs flacons de parfum depuis 1992. Un flacon serait rempli aujourd’hui toutes les 25 secondes dans le monde. Cette idée inspirée de la tradition des fontaines à parfum qui existaient au XVIIIe siècle permet d’économiser chaque année 2,3 millions de flacons et d’étuis. Cela représente tout de même 383 tonnes de déchets en moins.

© AndreaAstes

Vers une industrie du zéro-déchet ?

Le concept peut aussi être poussé à l’extrême, avec le zéro-déchet. Pour ce faire, des marques et enseignes proposent des produits de beauté en vrac : des shampoings sous forme de petit pain solide, des dentifrices en pastilles, des gels douche à recharger en boutique, des baumes pour le visage que l’on conserve dans un pot en verre, etc. Ce concept a été généralisé par des chaînes comme The Naked shop, qui propose exclusivement des soins sous cette forme. Pour les soins qu’il est nécessaire d’emballer, la firme a mis en place un système ingénieux d’emballages consignés. Il suffit de les rendre en boutique pour se faire rembourser le prix qu’ils ont coûté, ou de les remplir à nouveau, tout simplement.

Tous ces efforts représentent un réel défi pour les entreprises. Il est d’autant plus colossal que la plupart des marques font aussi évoluer la composition de leurs produits vers des compositions plus naturelles. Or, avec les nouvelles formules allégées en conservateurs, les packagings doivent rester suffisamment solides, opaques et de qualité pour protéger les crèmes et lotions des agressions extérieures, comme la lumière ou les variations de températures. L’industrie en a bien conscience, et continue d’investir dans la recherche, pour trouver les packagings les plus efficaces… et les moins polluants possibles.


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