Et demain, des infrastructures aux mille usage(r)s ?

Avec la zéro artificialisation nette, il va falloir faire plus de neuf avec du vieux ! Les friches commencent à séduire les collectivités locales et les architectes qui se voient bien les transformer en poumon circulaire économique et social… 

… À l’instar de l’opération MOVE, qui transforme les sites industriels inoccupés en nouveaux lieux de vie. Le décor ? 1200m² de surface aux murs décrépis dans une ancienne usine à Marseille. Ce que les quatre candidats retenus dans le cadre d’un appel d’offre souhaitent en faire ? Des ateliers d’artistes, un potager urbain, des espaces de jeux, un espace de travail pour soutenir les sans-abris et les personnes éloignées de l’emploi, du circuit court de biodéchets… On notera aussi la création de Benefriches par le bureau d’ingénierie Arcadis et l’institut Efficacity pour le compte de l’Ademe. Cet outil d’aide à la décision en libre accès aide les collectivités locales à donner une valeur monétaire aux friches, afin de faciliter leur reconversion. Il n’y a plus qu’à se lancer avec un peu d’imagination et du sens ! 

©Alain Alele

Et demain des centrales de mobilité, partout ? Sogaris et le groupe RATP se lancent main dans la main dans le développement d’une nouvelle infrastructure urbaine qui mêle mobilité des personnes et des biens. Le constat ? La difficulté de trouver du foncier ! La solution ? Mixer les usages au même endroit ! Ce qu’on pourra y faire dans cette centrale ? Stationner, distribuer les colis (ah, le fameux casse-tête du dernier kilomètre), charger son véhicule électrique, retrouver son Blablacar, monter dans une voiture en libre-service… Bref, la centrale souhaite contribuer à des « services urbains de mobilité et de logistique plus efficaces, plus sobres et moins polluants ». Nous, on y voit un grand pari 😉

Et demain, des constructions toujours plus durables ?

Le secteur de la construction doit revoir ses plans pour entamer sa mue vers plus de durabilité. Notamment grâce à ces trois initiatives qui l’aideront à se décarboner un peu plus encore. Il y a urgence !

C’est en tout cas l’intention de Saint-Gobain Distribution Bâtiment France et de l’entreprise Norper qui misent ensemble sur la terre crue ! Il s’agit d’un nouveau mode de construction plutôt vertueux. La terre crue et les terres d’excavation (sols creusés) possèderaient de nombreux atouts comme une inertie thermique importante, une hydro-régulation performante ou encore une isolation acoustique efficace. « La construction durable doit répondre à trois enjeux : bien-être et santé, énergie et climat, ressources et circularité”, explique Pascal Eveillard, Directeur Sustainable Business Development chez Saint-Gobain. Comme quoi, même un matériau ancestral peut offrir des perspectives d’avenir…

ECOcrete, vous connaissez ? Cette startup israélienne s’est concentrée sur un béton magique ! Sa particularité ? Conçu pour la construction marine et les structures artificielles, ce béton bio-améliorant favorise la croissance de la vie marine. ECOcrete vient de lever 5 millions de dollars pour se développer. « La santé des océans et la santé humaine sont étroitement liées. Nous ne pouvons pas protéger nos côtes tout en détruisant des écosystèmes côtiers fragiles. C’est là que le biomimétisme peut entrer en jeu : en s’inspirant de la nature et en concevant des protections côtières respectueuses de l’environnement qui profitent aux humains et à la vie marine en tant que tel », explique Shimrit Perkol-Finkel, PDG et scientifique en chef d’ECOncrete. Un problème ? La nature a probablement la solution ! À L’ADN, on suit depuis longtemps la philosophie du biomimétisme, c’est ici et c’est passionnant. 

©Eric Dbs

Terre crue, béton qui soutient le développement de la faune et la flore… deux initiatives qui pourraient bien séduire l’Office français de la biodiversité qui souhaite renforcer la mobilisation de l’ensemble de la société civile pour enrayer l’érosion de la biodiversité. Surtout que le jeune établissement public (issu de la fusion douloureuse entre l’Office national de la chasse et de la faune sauvage et l’Agence française pour la biodiversité) vise désormais le secteur du BTP. Dans l’idéal, il faudrait suivre Metz. La bonne élève est déjà labellisée pour avoir embarqué des entreprises du BTP dans ses efforts avec des déminéralisations de cours d’écoles ou encore de la végétalisation de toitures, rapporte Le Moniteur

Et demain, plus d’innovations dans la construction ?  

Pour beaucoup d’entreprises, la crise a permis d’expérimenter des solutions digitales et la relance sera certainement l’occasion de gagner en efficacité. Saviez-vous que seulement 50% des maîtres d’ouvrage ont adopté des solutions de projets digitalisés jusqu’ici ? Un beau chantier à entreprendre !

Avec Finalcad, par exemple ? On vous présente un champion de la tech de cette année, selon le baromètre Top Tech Tomorrow, relayé par Forbes. Finalcad propose des applications de suivi de chantier. Une jolie success story, puisque l’entreprise française née en 2007 s’épanouit aujourd’hui en Espagne, au Japon et à Singapour. Dans le cadre d’une tribune, Franck Le Tendre, PDG de Finalcad, alerte sur trois enjeux pour l’avenir pour la construction : la fidélisation du personnel, de nombreux départs à la retraite et l’évolution des compétences. Et demain, on attira (mieux) les jeunes pour être au rendez-vous de la ville intelligente et durable ? 

En parlant « smart » cityPanga, le lauréat dans la catégorie Infrastructure & Cities des Digital Industry & Infrastructure Awards, est sur le coup ! Ce que la startup rochelaise propose ? La solution B-NOS, un système d’exploitation et de gestion des bâtiments et infrastructures pour connecter villes intelligentes et citoyens. Saviez-vous qu’en matière de Smart Grids, la France fait figure de locomotive en Europe avec 10% de parts du marché mondial (source : association Think Smartgrids) ? Et la 5G dans tout ça ? Elle pourrait booster considérablement le développement de l’internet de l’énergie. On le sait, on le sait, le débat est encore ouvert 😉 

©Tumisu

Et demain, David collaborera-t-il avec Goliath ? C’est en tout cas la philosophie du Prix « David avec Goliath», de Raise et Bain & Company qui récompense la plus belle alliance entre une jeune et une grande entreprise. L’open innovation peut faire des merveilles, et peut-être plus encore dans la construction ! La preuve avec la collaboration entre K-Ryole et Bouygues Construction. La start-up a tapé dans l’œil du géant du BTP avec son cargo permettant aux compagnons de tout transporter sans efforts. Le groupe prouve son agilité, la start-up gagne des marchés et on avance concrètement sur la santé et la sécurité des travailleurs du secteur de la construction. « Pourquoi cela ne fait pas partie des préoccupations fondamentales des architectes de savoir ce que devient le corps des ouvriers sur le chantier ? », questionnait Philippe Simay, philosophe, dans le cadre d’une récente table ronde sur le logement social.

Et demain, plus de transparence et de collectif ?

Quel est le secret d’une rénovation et d’une transition réussie ? La gouvernance et la transparence ? On a envie d’y croire avec ces deux projets qui allient économie d’énergie et inclusion des parties prenantes. 

Comment diminuer de 30% les émissions de CO₂ de sa ville en cinq ans ? Faites un tour à Neuruppin, en ex-Allemagne de l’Est. Là-bas, on excelle en la matière ! La recette de cette ville située à 70 km de Berlin pour atteindre un parc immobilier neutre en carbone d’ici 2050 ? Beaucoup de rénovations, un guichet unique pour rechercher des financements, des plans globaux de rénovation à l’échelle d’un quartier et des réseaux de chauffage urbain. On apprend, puisqu’en la matière la France fait moins bien que ses voisins. Le Haut Conseil pour le Climat vient d’ailleurs de proposer des pistes s’inspirant des exemples européens dans son dernier rapport.

©Karsten Winegeart

Les JO de Paris 2024 à l’horizon, prise de conscience environnementale… la pression monte dans le monde du sport ! Plusieurs clubs européens se bousculent comme le Juventus Turin ou Arsenal, pour rallier un programme écolo de l’ONU. L’enjeu ? Réduire leur empreinte carbone et atteindre à terme la neutralité carbone. On a aussi remarqué le projet Greenfoot, qui vise à faire des économies d’énergie dans les bâtiments sportifs à échelle européenne avec trois objectifs : accroître la participation active des citoyens à la transition énergétique de l’UE grâce par exemple au financement participatif, améliorer l’accès au financement des propriétaires et exploitants de bâtiments sportifs pour financer les rénovations énergétiques et contribuer à une réduction de la consommation d’énergie à base de combustibles fossiles et des émissions de gaz à effet de serre dans les bâtiments sportifs. Comme le sport, demain, pour réussir toutes nos transitions, on la jouera toujours collectif…   


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