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Le progrès technologique raisonné est-il une réponse pertinente à la crise environnementale ?

Un dossier parrainé par Kaspersky
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Et si l'art du progrès technique consistait en un subtil équilibre ? Car c'est bien la "juste dose" de nouvelles technologies qui nous aidera à affronter les défis de l'époque. Un point de vue de Jan Kolar de 28° Design, pour Et Demain Notre ADN.

La crise du COVID-19 a accéléré l’installation de nouvelles technologies dans notre quotidien. Certaines d’entre elles, à l’instar des outils de collaboration à distance, sont devenues le symbole de la résilience du monde de travail, d’autres se sont imposées en instruments indispensables à la gestion et à l’anticipation de l’évolution de la crise.

Qu’il s’agisse de la télémédecine et des consultations à distance, de l’algorithme de BlueDot croisant plusieurs sources de données au service de la détection des tendances de propagation du virus et aujourd’hui utilisé par les épidémiologistes du monde entier, ou de l’outil de data-visualisation développé par l’Université Johns Hopkins donnant l’accès transparent et compréhensible à l’information liée à l’épidémie – le numérique est devenu un allié privilégié des prises de décisions.

Dans le monde de l’entreprise, ce constat est également partagé. Selon la consultation réalisée par OCTO Technology dans le cadre de l’évènement USI, 94% des dirigeants pensent qu’une meilleure culture technologique permet de prendre des décisions plus éclairées et 90% d’entre eux sont convaincus que la technologie aidera les entreprises à affronter les crises futures.

Dans le même temps, selon GreenIt, l’empreinte environnementale du numérique mondial en 2019 a pesé déjà 4,2% de la consommation d’énergie et 3,8% des émissions de gaz à effet de serre, équivalents, selon les indicateurs considérés, à deux à cinq fois l’empreinte globale de la France. Par ailleurs, en 5 ans, la quantité des déchets électroniques en 2020 a augmenté de 21% en 5 ans selon The Global E-Waste Monitor 2020.

La pollution numérique va encore s'accroître, notamment à cause du développement des objets connectés, dont le nombre sera multiplié par 48 entre 2010 et 2025.

© Tom Fisk

Cette pollution numérique déjà prégnante va encore s’accroître dans les années à venir, notamment à cause du développement des objets connectés dont le nombre sera multiplié par 48 entre 2010 et 2025 selon la même étude de GreenIt. Avec cette tendance, au-delà de l’impact environnemental du secteur du numérique, Frédéric Bordage, expert du « numérique responsable » , alarme dès 2019 sur une pénurie de ressources abiotiques (ressources naturelles non renouvelables telles que des minerais), probable en moins d’une génération.

Malgré tous les bienfaits incontestables que nous avons retirés du progrès technique, c’est aussi ce dernier qui nous a acheminés vers la crise environnementale que nous vivons aujourd’hui et que nous pourrions vivre demain. Dans quelle mesure pouvons-nous ainsi espérer que cela soit également le progrès technologique qui nous permette d’en sortir ? Si le solutionnisme n’est pas viable et la régression n’est pas socialement acceptable, quels seraient les ingrédients d’un « progrès technologique raisonné »  ?

Garantir l’efficacité et la traçabilité : un enjeu de recherche de l’équilibre et de la « juste dose » technologique

Le développement d’objets connectés et l’installation progressive de l’Internet des Objets (IoT) dans les territoires, dans les entreprises, voire dans des maisons individuelles et objets personnels vise à réconcilier la technologie avec l’environnement. En effet, leur mise en place rime souvent avec la recherche d’une meilleure utilisation de ressources, la réduction du gaspillage ou l’optimisation des interventions et des itinéraires logistiques. A titre d’exemple, les bennes connectées permettent d’éviter les déplacements inutiles lors de la collecte des déchets.

Dans un autre registre, les compteurs connectés tels que Linky évitent les déplacements des techniciens pour de simples relevés, sans porter préjudice au conseil individualisé apporté au consommateur grâce aux données remontées automatiquement. D’autres objets connectés aident à identifier et à localiser des fuites, des incidents ou des problèmes ponctuels avant qu’ils ne dégénèrent, permettant de substituer les réparations lourdes, coûteuses en ressources, par de la maintenance prédictive.

Cependant, si la quête de l’efficacité et de la traçabilité est un objectif vers lequel notre société doit tendre pour bâtir un modèle durable, l’IoT et la technologie de manière générale ne doivent pas être considérés comme des panacées modernes. En effet, la quête de l’efficacité ne doit pas rentrer en compétition avec celle de la sobriété, mais bel et bien de l’alimenter. Pour ce faire, deux principes d’action semblent se dessiner pour permettre aux acteurs de la technologie de s’inscrire dans une logique de création de modèles véritablement vertueux.

© Dan Lefebvre

Au-delà de proposer un équipement en objets technologiques permettant de viser une « performance environnementale » améliorée, certains acteurs rattachent leur propre rémunération à l’impact réel. Ainsi, dans le cadre de son offre Total Care®, Rolls Royce se rémunère sur le nombre d’heures de vol effectif des avions dont il assure la maintenance globale. Dans ce modèle, au travers de la maintenance prédictive permise grâce aux technologies embarquées et à l’analyse de big data, l’intérêt de l’équipementier aéronautique consiste à garantir zéro rupture de matériel volant tout en n’effectuant que des réparations nécessaires avec un haut niveau de qualité pour minimiser leurs occurrences dans le temps.

Dans la même logique, au travers de l’offre Effifuel de Michelin® Solutions, l’entreprise clermontoise garantit à ses utilisateurs (flottes professionnelles uniquement pour le moment) une baisse de la consommation de carburant par kilomètre parcouru. Sa rémunération est basée sur la réalité de la baisse de consommation du carburant et s’effectue en contrepartie de la remontée des données de conduite, traduites en recommandations individualisées pour les chauffeurs et analysées en vue de l’amélioration de la performance environnementale de nouveaux produits. Enfin, dans le cadre des contrats de performance énergétique, une partie significative de la rémunération des acteurs tels que Schneider Electric ou Dalkia est basée sur les économies d’énergie effectives réalisées.

Mettre en place des business models basés sur la « performance d’usage » ou sur des économies de ressources naturelles et/ou d’énergie, détachés de la vente des produits technologiques en tant que tels, est un des enjeux clefs pour aligner durablement les intérêts des parties prenantes et inscrire le modèle des fournisseurs de solutions technologiques dans une approche intrinsèquement vertueuse.

Il s’agit de redonner la valeur qu’elle mérite à la technologie en passant de l’abondance technologique à la rareté d’une technologie pertinente

Par ailleurs, étant donné la finitude des ressources abiotiques nécessaires au fonctionnement des nouvelles technologies et la croissance quasi exponentielle du recours aux objets connectés, il ne suffit pas de se contenter de la justification par le bénéfice environnemental que ces objets procurent. En effet, il semble essentiel de mettre dans la balance, face à l’ampleur du bénéfice procuré, également les externalités négatives induites en termes d’utilisation de ressources, et toujours d’explorer des pistes alternatives et low tech qui permettraient d’atteindre le bénéfice équivalent. Dans cette approche, il s’agit de redonner la valeur qu’elle mérite à la technologie en passant de l’abondance technologique à la rareté d’une technologie pertinente.

Le progrès technologique raisonné est souhaitable car l’urgence des enjeux environnementaux nous force à agir avec l’ensemble des moyens dont nous disposons. Cependant, il est essentiel de considérer la technologie comme l’une des pièces du puzzle, aux côtés des alternatives frugales souvent existantes et occultées. Le caractère raisonné du progrès technologique suppose ainsi a minima trois ingrédients explorés dans cet article. Il est nécessaire à la fois d’assumer le coût global de la technologie, en comptabilisant également ses externalités négatives, d’inscrire les modèles d’affaires développés par des fournisseurs de solutions technologiques dans une logique de résultat et évidemment de s’assurer que ce dernier ne se traduise pas par des dérives qui, sous couvert d’efficacité, augmenteraient l’ampleur du problème à résoudre.


A propos de 28° Design
Chez 28° Design, nous sommes animés par le désir de contribuer à la création de la nouvelle valeur. C’est-à-dire, à la réorganisation économique vertueuse de notre société. A la fois humaine, écologique et économique, elle ne peut advenir qu’à réinventer radicalement le business model de l’entreprise. Au sein de 28° Design, nous aidons les marques dans leur transition vers des modèles économiques construits autour de la résilience et de la durabilité. Grâce au concept de "nouvelle valeur", nous entendons dynamiter les vieux schémas pour faire avancer l'entreprise tout en faisant progresser l'humanité.

L’occasion nous est aujourd’hui donnée de rabattre les cartes. Cette crise est l’opportunité pour les entreprises d’aligner leurs modèles économiques avec les enjeux de demain. C’est pourquoi nous sommes heureux d’explorer avec l'ADN les nouveaux imaginaires qui peuvent naître et inspirer tous ceux qui se questionnent et cherchent à réinventer leur secteur.


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